Attaques contre les autres populations civiles – Equateur

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294. Après la chute de Kisangani, le 15 mars 1997, les militaires des FAZ se sont enfuis dans le plus grand désordre vers l’ouest du pays. En chemin, ils ont été rejoints par des groupes de réfugiés rwandais. Au cours de leur retraite, les FAZ, les ex-FAR/Interahamwe et des réfugiés rwandais ont pillé de nombreux biens civils et des bâtiments publics, détruisant des infrastructures, parmi lesquelles des hôpitaux, des centres sanitaires, des écoles et des lieux de culte. Dans ce contexte l’Équipe Mapping a documenté les incidents allégués suivants :

  • En mars 1997, des éléments des FAZ ont pillé l’hôpital général, le couvent des missionnaires du Sacré-Cœur et l’école primaire d’Ekombo de la localité d’Ikela, dans le district de la Tshuapa422.
  • En avril 1997, des réfugiés rwandais ont pillé la mission catholique de Yalisele et l’hôpital de Yoseki, dans le territoire de Djolu, et volé 76 vaches dans une ferme du village de Mondombe, en territoire de Bokungu, dans le district de la Tshuapa423. Le 19 avril, des éléments des ex-FAR ont volé le bétail et pillé les biens de la paroisse protestante de Deke, à 68 kilomètres du centre ville de Bokungu424.
  • Vers la mi-mai 1997, des militaires de la Division spéciale présidentielle (DSP) ont pillé l’école Bwa Félix, l’hôpital du CDI [Center for Development and Integration] ainsi que les résidences de certains anciens dignitaires du régime de Mobutu dans la localité de Wapinda du territoire de Yakoma, dans le district du Nord-Oubangui425.
  • Du 17 au 20 mai 1997, des éléments des FAZ et de la DSP ont tué un nombre indéterminé de civils et pillé systématiquement des biens dans la ville de Gbadolite426.

295. Tout au long de leur retraite, les FAZ et les éléments des ex-FAR/Interahamwe ont commis de nombreuses agressions contre les femmes vivant dans les villages de la région. Les ex-FAR/Interahamwe ont aussi tué des civils lorsque ces derniers avaient refusé de les laisser piller leurs biens. Dans ce contexte l’Équipe Mapping a documenté les incidents allégués suivants :

  • Début avril 1997, des éléments des ex-FAR/Interahamwe ont tué un nombre indéterminé de civils dans le groupement d’Ene, à 10 kilomètres d’Ikela, dans le district de la Tshuapa. Dans le village de Moma, ils ont tué un civil à qui ils avaient volé sa nourriture. Dans le village de Yali, ils ont tué un homme qui avait refusé de leur céder une chèvre. Ils ont aussi tué un garçon de 9 ans au cours d’une attaque contre le village d’Ene-Punga427.
  • Début avril 1997 également, des éléments des ex-FAR/Interahamwe ont tué un homme qui avait refusé de leur céder son bétail dans le village d’Ilombo du territoire d’Ikela428.
  • Le 16 mai 1997, un groupe d’une quinzaine d’éléments des ex-FAR/Interahamwe ont tué deux civils, dont une jeune fille mineure, sur la route entre Mpenda et Iyembe, deux villages situés à 120 kilomètres de Mbandaka, dans le territoire de Bikoro du district de l’Équateur. Les miliciens ont ouvert le feu après qu’une des victimes eut refusé de leur céder sa bicyclette429.

296. En général, les troupes de l’AFDL/APR n’ont pas rencontré de réelle résistance au cours de leur progression à travers la province de l’Équateur. Les combats se sont limités à quelques accrochages avec des éléments des ex-FAR/Interahamwe autour de Lolengi, dans le territoire de Boende, et à des affrontements avec des éléments de la DSP au niveau de Wapinda. Dans l’ensemble, la population de l’Équateur a plutôt bien accueilli les troupes de l’AFDL/APR à leur arrivée. Toutefois, les massacres de masse commis « en public » contre les réfugiés rwandais, l’exécution sommaire de nombreux civils, les arrestations arbitraires, les tortures430 et autres mauvais traitements infligés à la population ont rapidement détérioré leurs relations avec les locaux431. Dans ce contexte l’Équipe Mapping a documenté les incidents allégués suivants :

  • Vers la mi-mai 1997, des éléments de l’AFDL/APR ont tué sept civils originaires des environs du village de Vabesu, à 8 kilomètres de Wapinda, dans le territoire de Yakoma. Les victimes avaient été enlevées par les militaires afin qu’elles leur montrent où se cachaient des militaires de la DSP. Elles ont été fusillées et leurs corps enterrés dans une fosse commune432.
  • Vers le 16 mai 1997, à Mbandaka, des éléments de l’AFDL/APR ont exécuté le chef de la collectivité Losanganya au port PLZ, actuellement port Endundu. Le chef, soupçonné d’avoir informé les autorités de Mobutu des massacres de réfugiés dans sa collectivité, avait été arrêté chez lui au village de Djoa, le 14 mai, et acheminé à Mbandaka. Son corps n’a jamais été retrouvé433.
  • Le 28 ou le 29 octobre 1997, des militaires des FAC/APR434 ont tué neuf civils dans le village de Baenga du territoire de Basankusu. Ils ont aussi commis plusieurs viols435.

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422 Entretiens avec l’Équipe Mapping, Équateur, mars 2009, Document remis à l’Équipe Mapping, Équateur, avril 2009.
423 Entretiens avec l’Équipe Mapping, Équateur, avril 2009.
424 Témoignage recueilli par l’Équipe d’enquête du Secrétaire général en RDC en 1997/1998.
425 Entretiens avec l’Équipe Mapping, Kinshasa, mars et avril 2009.
426 Entretiens avec l’Équipe Mapping, Kinshasa, mars et avril 2009.
427 Entretiens avec l’Équipe Mapping, Kinshasa, février et mars 2009; AI, « Alliances mortelles dans les forêts congolaises », 1997, p. 14.
428 Entretien avec l’Équipe Mapping, Équateur, avril 2009; AEFJN, « Rapport sur les violations des droits de l’homme dans le sud de l’Équateur », sans date.
429 Entretien avec l’Équipe Mapping, Équateur, mars et avril 2009.
430 L’une des techniques de torture les plus souvent utilisées était le « Fimbo Na Libumu » (fouet sur le ventre en lingala) et consistait à obliger la victime à boire cinq litres d’eau puis à lui frapper le ventre à coups de fouet.
431 Entretiens avec l’Équipe Mapping, Équateur et Kinshasa, février, mars et avril 2009.
432 Entretiens avec l’Équipe Mapping, Kinshasa, avril 2009.
433 Entretiens avec l’Équipe Mapping, Équateur et Kinshasa, mars et avril 2009.
434 Comme mentionné précédemment, à partir de juin 1997, l’armée nationale de la RDC a pris le nom de Forces armées congolaises (FAC). Jusqu’au début de la deuxième guerre, les FAC comptaient en leur sein, outre les militaires de l’AFDL et les ex-FAZ, de nombreux militaires rwandais et, dans une moindre mesure, ougandais. Devant la difficulté de distinguer clairement à cette époque les militaires congolais des militaires rwandais, le sigle FAC/APR a été utilisé pour la période allant de juin 1997 à août 1998.
435 Entretiens avec l’Équipe Mapping, Équateur, mars et avril 2009; Rapport de Ghandi International (Équateur), Mbandaka, 1997.